Bukavu : des pluies abondantes, une eau perdue, et une ville toujours assoiffé
Pluie abondante dans la ville de Bukavu. ©photo Janvier BARHAHIGA
Chaque saison des pluies transforme Bukavu en un vaste réseau de ruissellement incontrôlé. Des torrents d’eau dévalent les collines, inondent les routes, détruisent des habitations et paralysent la circulation. Pourtant, à quelques mètres de ces flux massifs, une autre réalité persiste : une pénurie chronique d’eau potable et une contestation récurrente des factures de la REGIDESO.
Ce contraste interroge la gestion urbaine de l’eau dans une ville pourtant exposée à une forte pluviométrie. Pourquoi toute cette eau qui inonde les quartiers n’est-elle pas captée et valorisée avant de devenir une menace ?
Une ressource abondante, mais non valorisée
Bukavu dispose d’un potentiel hydrique important. Mais faute d’infrastructures adaptées, l’eau de pluie suit essentiellement un seul chemin : le ruissellement. Elle emporte avec elle sols, déchets et infrastructures fragiles, accentuant l’érosion et les risques de glissements de terrain.
Pour les experts en gestion urbaine, cette situation révèle une faiblesse structurelle : l’absence d’un système intégré de récupération et de stockage des eaux pluviales à l’échelle de la ville.
Une double peine pour les habitants
Dans de nombreux ménages, la frustration est double. D’un côté, les rues sont inondées et les quartiers vulnérables subissent des dégâts réguliers. De l’autre, l’accès à l’eau potable reste irrégulier, obligeant les familles à dépendre d’un réseau sous pression.
La perception des coûts de la facture d’eau alimente également des tensions sociales, dans un contexte où la population estime ne pas recevoir un service proportionnel à ce qu’elle paie.
Un potentiel de solutions encore sous-exploité
Les spécialistes de l’urbanisme et de l’environnement estiment que des solutions existent déjà et sont techniquement accessibles :
systèmes de récupération des eaux de pluie à l’échelle domestique et communautaire
citernes de stockage dans les écoles et bâtiments publics
infrastructures urbaines vertes pour ralentir le ruissellement
planification intégrée des bassins versants urbains
Mais leur mise en œuvre reste limitée, fragmentée ou insuffisamment financée.
Une question de gouvernance urbaine
Au-delà des infrastructures, c’est la gouvernance de l’eau qui est interrogée. À Bukavu, la gestion de l’eau semble encore divisée entre urgence, réparation et réponses ponctuelles, plutôt que pensée comme un système urbain résilient.
Dans un contexte de changement climatique et d’urbanisation rapide, cette approche atteint ses limites.
Transformer la pluie en ressource
Chaque pluie à Bukavu rappelle une évidence : l’eau n’est pas absente, elle est mal captée. Transformer ce paradoxe en opportunité implique un changement de paradigme passer d’une logique de gestion de crise à une logique de valorisation de la ressource.
Dans une ville où l’eau tombe du ciel en abondance mais manque au robinet, la question n’est plus seulement technique. Elle est profondément politique et stratégique.
Bukavu n’a peut-être pas un problème de pluie. Elle a un problème de système.
