Bukavu : le prix du carburant entre 5000fc et 6 500 FC le litre, transports en hausse et tension sociale en vue
Une table d’un kadafi sur avenue vamaro ville de Bukavu avec des bouteilles contenant le carburant en litrage. ©photo Janvier BARHAHIGA
La ville de Bukavu traverse une nouvelle zone de turbulence économique marquée par une flambée rapide du prix du carburant, avec des répercussions directes sur les transports urbains et le quotidien des ménages.
Sur le terrain, la situation évolue presque d’heure en heure. Faida, vendeuse de carburant au rond point ISP communément appelée “Kadhafi”, décrit un marché devenu imprévisible.
« Hier soir, nous avons acheté 20 litres à 80 000 FC, soit 4 000 FC le litre. Ce matin, c’était 4 800 FC à la pompe, et à midi déjà 5 000 FC. À 15h, ça peut monter à 6 000 FC », explique-t-elle.
Cette instabilité rend toute planification difficile pour les revendeurs. Faida hésite désormais à acheter en grande quantité, craignant de perdre en cas de chute des prix. Malgré des tarifs élevés, ses marges restent limitées, autour de 2 000 francs par litre, une fois les coûts de transport pris en compte.
Derrière ces chiffres, c’est toute une économie de survie qui vacille.
Dans les rues de Bukavu, les conséquences sont visibles. Les bajaj, autrefois accessibles à 500 francs, exigent désormais 1 000 francs sur plusieurs axes stratégiques. Les taxis appliquent des tarifs compris entre 1 500 et 2 000 francs selon les destinations sur la grande avenue PE LUMUMBA. Les bus urbains, notamment sur les lignes Essence–Nguba et Nyawera–Panzi, sont également passés à 1 000 francs par trajet.
Ces prix dépassent largement les tarifs officiels fixés dans le communiqué N°401 du 19 mars 2026 de la mairie, transmis par le maire Nicolas Kyangalilwa, qui maintenait les courses de bajaj à 500 francs et celles des taxis à 1 000 francs sur avenue PE LUMUMBA et plusieurs axes de la ville. Entre la réglementation et la réalité du terrain, l’écart ne cesse de se creuser.

Pour Urbain KAG,Secrétaire du club des pétroliers du Sud-kivu, cette crise s’explique par une combinaison de facteurs régionaux.
« Les circuits d’approvisionnement en provenance du Rwanda, de la Tanzanie et du Kenya sont perturbés, dans un contexte géopolitique tendu qui affecte la production et la distribution des produits pétroliers. »
Il souligne également la fragmentation du marché local.
À Bukavu et dans ses périphéries comme Kavumu, Panzi, Mudaka et Amsar, une trentaine de stations-service fonctionnent avec leurs propres réalités et leurs stocks. Les prix varient ainsi en fonction de l’offre disponible.
Urbain KAG rassure que les stations services membres de leur organisation mentiennent le prix à la pompe de 3 200 et 3 500 francs dans certaines stations.
Aujourd’hui, le litre atteint parfois entre 5000 fc et 6 500 francs selon les témoignages des conducteurs des bajajs et taximens qui ne partagent pas l’avis des petroliers et de l’hôtel de ville sur cette hausse vertigineuse.
Face à cette situation, les appels à la régulation se multiplient. Urbain KAG insiste sur la nécessité de lutter contre la rétention de stock, de renforcer la coordination entre les autorités et les opérateurs économiques, et de constituer un stock de sécurité pour stabiliser le marché.
Sur le terrain, la tension sociale commence à monter. Plusieurs habitants se disputent la paie des nouveaux tarifs dans les taxis , dénonçant l’absence de prix officiel communiqué par l’hôtel de ville.
De leur côté, des conducteurs de bajaj et des motards évoquent une possible grève, estimant ne plus pouvoir travailler avec un carburant acheté entre 5 000 et 6 500 francs le litre.
Dans ce contexte, la flambée des prix pourrait rapidement se transformer en crise sociale si aucune réponse concrète n’est apportée. Entre pénurie, spéculation et absence de régulation effective, Bukavu s’enfonce dans une économie de l’incertitude où chaque acteur tente de s’adapter pour survivre.
