SAUTI ZETU N°1 à Bukavu : Toussaint, forgeron de l’espoir “Ce travail me donne une raison de me lever chaque matin”
Toussaint NFUNDIKO assis à terre à son lieu de travail dans son atelier à ciel à LULU photo de ©BKINFOS.NET – SAUTI ZETU, la voix des petits gagne-pain oubliés
Il s’appelle Toussaint Nfundiko Bisimwa. Il a la vingtaine, vit sur l’avenue Tubimbi, quartier Cimpunda dans la ville de Bukavu, et chaque matin, dès 6h, il se lève avec une mission marteler son destin, barre de fer après barre de fer.
À 7h, il est déjà au travail. Dans son petit espace de fortune, il fabrique manuellement des verrous, les fameux « Kalé », si courants dans les maisons de Bukavu. Ce n’est ni bruyant comme une usine, ni propre comme une boutique, mais c’est là que Toussaint construit un futur à coups de marteau.
“Je le fais trois fois par semaine. Les deux autres jours, je pars chercher du matériel dans les chantiers abandonnés, ou chez les ferrailleurs. Ce n’est pas facile, mais je suis habitué.”
Depuis quatre ans, Toussaint vit au rythme des étincelles de métal. Certains jeunes de son entourage le prennent pour un “rêveur perdu dans un métier de pauvres”. D’autres l’admirent en silence. Lui, il garde la tête froide.
“Ceux qui ont compris comment la vie fonctionne me soutiennent. Mais d’autres disent que je perds mon temps. Pourtant, c’est ce travail qui me nourrit.”
Chaque jour de travail, il fabrique jusqu’à 100 verrous, qu’il va vendre au marché Chabwaki, dans le tumulte de Kadutu, là où tout se marchande. Jusqu’à 36 000 francs congolais de bénéfices par jour c’est peu, mais c’est honnête. Et Toussaint économise.
“Je garde un peu d’argent dans une association de crédit villageoise. Avec le reste, je m’achète des habits, comme tous les jeunes. Mais mon rêve, c’est d’ouvrir une quincaillerie, puis fonder une famille. C’est ce que j’espère.”
Son atelier ? Une parcelle dégagée, quelques outils rouillés, et de la sueur. Il travaille sans blouse, sans équipement de sécurité, avec un simple marteau et une barre de fer.
“Ce n’est pas un vrai atelier. Si ceux qui verront cette vidéo peuvent nous aider avec un poste à souder, ou des équipements, ce serait un vrai tournant.”
Mais Toussaint n’est pas du genre à attendre les bras croisés. Il forme déjà d’autres jeunes gratuitement. Il donne de son temps, de son savoir, sans rien demander en retour.
“Ceux qui veulent apprendre, qu’ils viennent. On a juste besoin d’un marteau, de quelques barres de fer, et d’un endroit solide pour couper. C’est tout.”
Son plus grand combat, aujourd’hui, ce sont les coupures d’électricité et la guerre qui isole les villages. Les clients manquent, le marché s’essouffle. Mais il continue, sans se plaindre.
“Avant, nos verrous partaient vite. Aujourd’hui, on revient souvent avec la moitié. Mais je ne vais pas abandonner. Ce travail m’empêche de traîner, de perdre du temps. Il me donne une raison d’avancer.”
Avec SAUTI ZETU, Toussaint espère que sa voix, et celle de tant d’autres petits gagne-pain de Bukavu, sera entendue.
“Je ne veux pas qu’on m’aide pour m’aider. Je veux qu’on nous voie, qu’on nous comprenne, et qu’on nous accompagne à faire mieux avec ce que nous avons déjà.”
Le portrait vidéo de Toussaint sera publié sur les plateformes du programme #SAUTIZETU, une initiative de BKINFOS.NET pour valoriser les efforts et les rêves des travailleurs de l’ombre. Suivez le liens vidéos
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